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Note sur d’anciennes colonies gasconnes
en Pays Basque

Henri Gavel
Revista Internacional de Estudios Vascos, 1918

Lorsqu’on examine certains noms de lieux de la région comprise entre Saint-Sébastien et la Bidassoa, on leur trouve un aspect incontestablement gascon: nous en citerons trois seulement, mais ils ne sont peut-être pas les seuls: c’est le nom du mont Urgull à Saint-Sébastien, celui du cap Higuer près de Fontarabie, et aussi celui de l’endroit appelé Molinao près de Pasajes.

Sur le premier de ces noms, aucune observation à faire, tant il est évidemment gascon. Quant au nom du cap Higuer, que les Français traduisent d’ailleurs par cap Figuier, c’est une forme d’ancien gascon: seulement, si le mot eût suivi l’évolution du gascon moderne, l’r finale serait tombée dans la prononciation.

Quant au nom de Molinao, il y a deux façons de l’interpréter: on pourrait y voir le mot gascon ancien Molin avec le suffixe ab, devenu normalemant au, qui aurait ici une valeur locative: l’endroit où il y a un moulin, ou bien: l’endroit où il y a des moulins. Mais il y a une façon plus simple encore d’interpréter ce mot: c’est d’y voir les mots gascons molin nau ou moli nau, c’est-à-dire moulin neuf. Cette seconde interprétation est plus simple encore que la première, et elle est la plus vraisemblable. Quant à la transformation d’une terminaison gasconne au en une terminaison ao, elle est toute naturelle: c’est une simple “castillanisation” analogue à celle que nous trouvons dans d’autres mots empruntés au français méridional où un u en diphtongue finale est devenu o: exemples burdeos; et manteo du français méridional mantèu. Nous trouvons d’ailleurs le même changement dans le nom, emprunté lui aussi à un dialecte voisin du gascon, d’un quartier d’une localité aragonaise (il s’agit, si nos souvenirs sont exacts, de Jaca), quartier appelé Bornao, ce qui doit s’interpréter par une forme ancienne Borg-nau, c’est-a-dire Bourg neuf.

Les trois noms de lieu cités plus haut: mont Urgull, cap Higuer, lieu dit Molinao, ne peuvent guère s’expliquer que par la présence, au Moyen-Age, de petites colonies gasconnes dans la région où se trouvent les endroits désignés par ces noms. On peut supposer que ces colonies étaient composées de pêcheurs, car ces trois endroits se trouvent, soit au bord même de la mer, soit à proximité du port de Pasajes. A quelle époque ces colonies se sont-elles formées, et à quel moment, noyées au milieu de la population basque qui les environnait et à laquelle sans doute elles se mêlaient de plus en plus, ont-elles oublié leur langue gasconne pour ne plus parler que le basque?

Ce sont là des questions qu’il serait intéressant d’élucider, si du moins nous possédons assez de documents pour le faire, ce que j’ignore, n’ayant pas eu le loisir de faire les recherches nécessaires.